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L’incroyable arnaque aux diamants

Yann Bouchez Et Anne Michel
Sites Internet d’apparence prestigieuse, publicités trompeuses… L’escroquerie était si bien ficelée que des centaines de Français y ont perdu leurs économies. Les plaintes s’accumulent

RÉCIT
Des jours, peut-être même des semaines, qu’elle ne ferme plus l’œil, en cet été 2017. Mais la délivrance est proche pour Colette. Private Diamond s’est engagé à rendre l’argent dans exactement trois mois. Ce placement en diamants n’est pas aussi rentable que le promettait ce reportage du « 20 Heures » de France 2, diffusé en boucle sur Internet depuis de longs mois. Et Private Diamond n’en a jamais assez. Mieux vaut récupérer la mise avant qu’il arrive malheur. Pensez, 250 000 euros, c’est l’épargne d’une vie. Qui ira aux enfants, un jour.

Soudain, la sonnerie du téléphone. « C’est Yves Vandenhove, de Private Diamond. J’ai une très très bonne nouvelle pour vous. On va vous rembourser plus vite que prévu. Un Russe est OK pour racheter vos diamants. »

Colette sent un drôle de frisson lui parcourir le corps. Elle ne connaît cet Yves ni d’Eve ni d’Adam. Son contact s’appelle Fabien Merceur. Il a été formel : il faut quatre-vingt-dix jours pour débloquer les fonds. C’est écrit sur le contrat qu’ils viennent de signer.

« Je croyais qu’il fallait attendre…

– Oui, mais on a une opportunité, là, tout de suite. Dans deux jours vous avez l’argent. Il faut juste payer la TVA… C’est 29 000 euros. »

Voilà, raconte Colette, c’est à cet instant, le 11 août 2017, que son monde s’est écroulé. Tout cela n’était qu’une arnaque. Il n’y aura ni argent ni diamants. Jamais elle ne reverra ses économies épargnées quarante ans durant avec son mari. Que diront les gens ? La famille ? Assis côte à côte comme soudés dans leur malheur, à la table de leur salle à manger, Colette et Alain – dont les prénoms ont été modifiés, comme ceux de toutes les victimes rencontrées – peinent à se remettre du choc. Dans leur coquette maison de la campagne rennaise, ils sont rongés par « la honte » d’avoir tout perdu. Ils parlent du courage qu’il leur a fallu pour parler à leurs deux filles. Encore aujourd’hui pour ouvrir leur porte à des journalistes.

Elle est agricultrice. Lui, entrepreneur à la retraite. Ils auraient dû se méfier, disent-ils. « Pourquoi y a-t-on cru ? Ça ne nous ressemble tellement pas, ressasse Colette, sans trouver de réponse à ce qui désormais l’obsède. Ce qu’on a vécu, ça s’appelle l’enfer. »« C’était bien fait, soupire Alain, il y avait toutes ces publicités… »« J’aurai plus jamais confiance en personne, souffle Colette. Ce Merceur, si je l’avais devant moi… »

Une arnaque si bien faite. Un crime parfait ou presque. C’est ce que constatent les services de police judiciaire, mobilisés sur l’une des grandes escroqueries financières de 2017 : le « diamant d’investissement », ce produit financier vendu par plus d’une centaine de sites Internet escrocs – certains encore actifs – comme un placement sûr et bien plus rentable que les livrets d’épargne, actions ou obligations. Censés reposer dans des coffres sous la responsabilité des sites ou à l’abri de ports francs, ils n’ont qu’une réalité virtuelle. Aucun de ces sites ne dispose d’une autorisation d’exercer en France. Tous sont illégaux.

Virements « témoins »

Plus de 700 plaintes ont déjà été déposées en France et quinze enquêtes judiciaires ouvertes depuis 2016, dont dix au parquet de Paris : sept préliminaires, trois informations judiciaires visant les sites Diamantin, Gemstone et Vendôme Prestige.

Boutiques en ligne ultra-léchées aux noms aussi prestigieux que les biens qu’elles sont censées vendre (Vendôme Tradition, Tradition Diamant, Euro Diamants…), vrais spots de pub mais « expert » invité sur le plateau TV de BFM Business, certificats d’authenticité plus vrais que nature, techniques de vente diaboliques basculant de la séduction au harcèlement, premiers virements « témoins » sur le compte pour lever les doutes et montrer que le diamant rapporte… Il y a là tous les ingrédients d’une fraude en bande organisée redoutablement efficace.

Il y a là aussi tous les ingrédients d’une enquête de longue haleine, requérant une solide coopération internationale : petits escrocs connus de la police française servant d’hommes de paille aux grands commanditaires cachés à l’étranger, sociétés écrans s’ouvrant et se fermant en vingt-quatre heures, comptes « taxis » ouverts en Hongrie, en Pologne ou en Bulgarie sur lesquels l’argent ne reste que quelques heures avant de rebondir pour mieux brouiller les pistes, recyclage de l’argent volé auprès de grands réseaux de blanchiment opérés par le crime organisé dans des pays mal régulés, fuites de suspects vers le Moyen-Orient, Israël, Dubaï… Des pays aux règles d’extradition restrictives.

Dans son bureau de la rue des Italiens, un magistrat du parquet de Paris désigne le paquet de plaintes arrivé au courrier du matin : « C’est comme ça tous les jours.Et encore, le pic n’est pas atteint. Certains sites sont encore actifs et leurs clients n’ont pas encore réalisé qu’ils se sont fait escroquer. » Si ce magistrat a pris la main sur les dossiers et donné des instructions pour harmoniser l’enregistrement des plaintes et les faire remonter à Paris, c’est pour accélérer les enquêtes. « Il faut laisser le moins de temps possible entre le premier paiement frauduleux et l’enquête, explique-t-il. Ce type d’escroqueries complexes crée un trouble à l’ordre public. »

Le but est aussi de favoriser les recoupements d’un dossier à l’autre. Juge d’instruction à Paris et président de l’Association française des magistrats instructeurs, Pascal Gastineau met en garde contre le risque de l’éparpillement : « Il est impératif que l’information circule entre enquêteurs, magistrats et parquets. Il faut prendre les dossiers par le haut. Derrière des sites aux noms différents se cachent souvent les mêmes personnes. »

Bonnes vieilles ficelles

De fait, la centaine de sites recensés n’appartiendraient qu’à trois ou quatre grands gangs criminels. Avec en leur sein, une partie des escrocs identifiés dans la précédente grande escroquerie financière des années 2010-2015 : l’arnaque au Forex et aux options binaires, ces paris financiers sur le marché des devises. Une fraude qui a fait plusieurs milliers de victimes, pour un préjudice d’environ 4,5 milliards d’euros en six ans. « Certains escrocs ont acquis un savoir-faire en la matière qui remonte, au-delà du Forex, à l’arnaque aux faux encarts publicitaires », explique-t-on au parquet de Paris. Cette fraude du début des années 2000 consistait à vendre de fausses pages de publicité aux entreprises.

Si les produits d’appel de l’escroquerie se renouvellent, les bonnes vieilles ficelles pour piéger les victimes restent les mêmes. Comme le recours à la technique de « Ponzi », qui rémunère les investissements des clients en puisant dans le capital apporté par les nouveaux entrants. Les investisseurs reçoivent d’abord des petits gains sur leurs comptes. Quelques centaines d’euros. Juste de quoi leur prouver que ça fonctionne et surtout leur donner confiance.

« Comment j’ai pu me faire baiser comme ça ? », résume Jean. Kiné dans la banlieue parisienne, le sexagénaire a lui aussi cédé à l’attrait du diamant. « On vous donne de la mie de pain… Pour que le poisson revienne », lâche-t-il. Jean n’a jamais été du genre à jeter l’argent par les fenêtres. Il voulait au contraire assurer ses arrières. Car profession libérale, explique-t-il, « ça veut dire retraite peanuts ». Alors quand il récupère la moitié de la vente de la maison, après son divorce, il veut « sécuriser [son] argent ». Des recherches sur Internet, et toujours ce fameux reportage chez Pujadas, le poussent vers le diamant. Pour lui ce sera Vendôme Tradition, « vu sur BFM-TV ».

« Vous regardez le site. Ça paraît très sérieux. Vous avez votre espace personnel, un identifiant. Vous voyez votre pierre, la valeur qu’elle va prendre… » Au téléphone, Jean est pris en charge par une certaine « Mme Ferrari ». L’affaire est vite conclue. En septembre 2016, il vire 22 000 euros pour ses premières pierres. Les certificats d’authenticité lui parviennent aussitôt. Et surprise, les premières « mies de pain » aussi : 700 euros dès la fin 2016… puis 1 500 euros début 2017. Jean est si satisfait qu’il augmente la mise jusqu’à 100 000 puis 280 000 euros. Qu’importe s’il vide son assurance-vie.

« Engrenage »

Mais en septembre 2017, coup de théâtre : ses diamants ont tous été « vendus à Dubaï », annonce Vendôme Tradition, et « pour vous, lui promet-on, c’est le jackpot ». Il faut juste payer les taxes pour engranger la plus-value. Jean demande des factures. Rien n’arrive. Il insiste, encore et encore. Au bout du téléphone, il n’y a plus personne.

Jean réalise alors qu’il s’est fait avoir, victime de ce que, dans leur jargon, les enquêteurs appellent « l’effet tunnel ». « Les clients s’inscrivent sur les sites par curiosité, mais dès cet instant, ils sont pris dans un engrenage : des centres d’appels prennent le relais, et ne les lâchent plus, explique Corinne Bertoux, commissaire divisionnaire chef de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière. L’escroquerie consiste à jouer sur la crédulité de la victime, en lui faisant miroiter des investissements lucratifs. »

Pour lever les réticences, les « démarcheurs » du diamant ne lésinent sur rien. Ni l’inventivité ni les moyens. « Des escrocs de haute voltige », lâche Christiane, qui a fixé rendez-vous dans une gare et ne quitte pas ses lunettes de soleil. A 63 ans, cette femme fluette raconte qu’elle et son mari ont perdu « plus de 450 000 euros auprès de différents sites ». L’argent amassé une vie durant, pour ce couple d’entrepreneurs du bâtiment.

Pour eux, ce fut double peine. Alors qu’ils venaient tout juste de se faire escroquer une première fois par Diamantin à l’été 2016, ils sont appelés par Vendôme Tradition. La société leur propose un voyage en Israël, pour « voir les diamants de leurs propres yeux ». « Le patron du site, un certain Joseph Bell, me dit : “Je vais vous aider. Diamantin, ce sont des escrocs ! Moi, je vous invite à Tel-Aviv.” »

« Relations quasi amoureuses »

L’argument fait mouche. Fin 2016, les voilà dans l’avion pour Israël. Le couple visite une mine. Puis la tour Diamant à Ramat Gan, dans la banlieue de Tel-Aviv, avec son centre d’affaires et ses gratte-ciel. Le voyage, les hôtels, tous les frais sont payés. « C’était tapis rouge », résume Christiane. Ils ont même la chance de voir des diamantaires à l’œuvre, ce qui achève de les convaincre. Le couple investit ses dernières économies.

Six mois plus tard, c’est la douche froide. On est en avril 2017 et Christiane veut « débloquer » 15 000 euros pour financer des travaux dans sa maison. Elle écrit à Joseph Bell, qui ne répond pas. Tente de joindre un commercial, en vain. « Je n’ai jamais eu aussi mal au ventre de ma vie, même en accouchant. C’est comme si vous tombiez du trentième étage », confie-t-elle. Cette sensation de chute, juste après ce sentiment de trahison, la sexagénaire n’est pas seule à l’avoir ressentie. Et pour cause. Les escrocs jouent sur la psychologie de leurs victimes, pour mieux les manipuler. Aux clients qui cherchent le profit immédiat, ils promettent un gain rapide. A ceux qui investissent pour l’avenir, ils vendent le diamant éternel. Ainsi de ces propriétaires terriens qui se voient proposer des parcelles de mines de diamants, plutôt que les pierres elles-mêmes, par un vendeur au téléphone. « Ce jour-là, la ligne était mauvaise, elle grésillait. Le commercial disait appeler du Brésil et on pouvait entendre derrière lui comme des bruits de forage… », raconte ce couple, encore sidéré par le stratagème.

« Les escrocs prennent les victimes par les sentiments, notamment les personnes âgées. Ils viennent régulièrement aux nouvelles et les incitent à continuellement investir. Par téléphone peuvent naître des relations quasi amoureuses », raconte Gaël Collin, un avocat parisien spécialisé dans les escroqueries financières.

Mais l’âge n’est pas un critère déterminant, pas plus que la catégorie sociale. Par sa sophistication, l’escroquerie a ratissé large, du surveillant de lycée au retraité, du maçon au patron. « J’ai vu des victimes venir avec leurs parents. Elles étaient mineures, poursuit Me Collin. Le plus âgé de mes clients a 97 ans. Il y a même parmi eux un policier. » Courriels, RIB des sites… Aux victimes, l’avocat demande le plus de documents possible pour remonter la chaîne de l’escroquerie. Celles-ci récupéreront-elles leur mise ? A voir la mine dubitative des enquêteurs, la probabilité paraît faible. « L’argent, on ne sait pas où il est pour l’instant, reconnaît Me Collin. Mais il ne faudrait pas décourager les gens de porter plainte, on a besoin du maximum d’informations pour tenter de récupérer les fonds. Une partie de l’escroquerie au diamant semble partir en Israël, mais une partie seulement. Tout le réseau de blanchiment est en Europe. » Comme d’autres avocats, Gaël Collin désigne la responsabilité des banques qui, en France et en Europe, valident les virements sans alerter leurs clients des dangers associés.

Une longueur d’avance

Alors que l’arnaque du diamant touche à sa fin, déjà remplacée par de nouvelles escroqueries aux cryptomonnaies, la récupération des capitaux volés est devenue un enjeu majeur. Non sans risque là aussi, car des escrocs se font passer pour des avocats ou des policiers et certaines victimes se font à nouveau tromper. Les autorités multiplient les alertes sur les risques de tels investissements. Depuis juillet 2017, l’Autorité des marchés financiers a mis en place une liste noire des sites frauduleux, régulièrement actualisée, à nouveau le 26 février. Mais celle-ci reste très peu visible. Les escrocs conservent une longueur d’avance en créant de nouvelles plates-formes. De son côté, le parquet de Paris « invite à la plus grande prudence toute personne qui voudrait investir dans le diamant ». Et la cellule de renseignement financier Tracfin s’emploie à identifier les activités illicites et les circuits de blanchiment.

Pour des centaines voire des milliers de personnes toutefois, il est trop tard. Jean, le kiné, sait ce qu’il fera, s’il parvient un jour à « récupérer une partie du pognon ». « Je vais tout flamber », lâche-t-il dans une ultime pirouette.

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